Lorsque notre nouveau Maire de Noisy-le-Sec (Seine-Saint-Denis), Alda Pereira-Lemaitre (PS), a relancé le principe des Conseils de Quartiers en octobre 2008, beaucoup de Noiséens étaient particulièrement enthousiastes. Les assemblées constituantes qui s'en suivirent (j'ai moi-même assisté à 9 des 11 réunions) faisaient salle comble. Quelques 150 participants au centre-ville mairie, autant au quartier du Londeau. Y compris dans des quartiers moins denses comme La Renardière, c'était un franc succès.

Démocratie participative : Quelle légitimité ?

A la différence de la démocratie représentative désignant nos représentants issus des urnes et qui de fait bénéficient d'une réèlle légitimité, il en est tout autrement pour la démocratie participative.

Je ne sais sous quelle forme s'éxerce cette expression populaire dans d'autres villes, et en cela vos témoignages auront un intérêt particulier, mais de ce que l'on peut en avoir eu comme apperçu vendredi dernier lors de notre dernière assemblée de quartier centre-ville-mairie, non seulement cela me laisse perplexe, mais surtout me conforte dans ma décision prise de cesser d'y participer.

Notre Conseil était initialement composés de 21 membres : 14 résidents (individuels) et 7 collectifs (associations). Dès les premières assemblées, j'avais évoqué des problèmes structurels. Le renouvellement prévu pour 2010 de l'intégralité des conseillers de quartiers de l'ensemble de la ville (onze conseils pour 38.500 h) me semblait dès lors ubuesque pour traiter des dossiers importants aux traitements forcément étalés dans le temps. La solution que je proposais alors était un renouvellement par moitié tous les deux ans pour permettre une continuité de ces travaux tout en apportant un regard neuf régulièrement.

Vendredi dernier donc, notre Conseil de Quartier nous exposait ses dossiers. Assemblée importante, puisque nous en étions à un bilan d'étape, un bilan d'une première année. Peu de monde en réalité ont assisté à cette assemblée : une vingtaine d'adultes et une douzaine d'ados. On est bien loin des cent-cinquante personnes l'année dernière.

Les jeunes dénoncent les contrôles de police au faciès

C'est dans une ambiance un peu tumultueuse que certains ados dénoncent des contrôles perpétuels au faciès. " (...) çà fait la quatrième fois que je me fais contrôler. (...) Je me fais contrôler tous les jours, alors j'en ai marre. Là à 14h, ensuite à 16h, et encore deux contrôles en fin d'après-midi . " s'exprime l'un deux. " J'en ai marre de me faire contrôler tous les jours par la police, des contrôles agressifs (...) " renchérit un autre, tout en dénonçant l'absence d'un représentant de la police à cette réunion.

Dans une ambiance électrique, un troisième témoigne : " Là il y a un éxemple. Au mois de juin, il y a eu un hold-up chez le libraire. Les policiers sont venus un quart-d'heure plus tard, ils ont vu des jeunes qui étaient assis tranquillement en train de rien faire. Ils les ont tous pris. ils en ont pris huit. Dans Le Parisien c'est passé, ils ont dit qu'ils ont trouvé les bons coupables, mais c'est faux. Pour de vrai les personnes je les connais. Il était midi et demie, ils sortaient des cours. Les policiers les ont pris au hasard. Ils ont sélectionné, ils ont vu un ou deux Noirs et Arabes. Ils les ont pris. Après il y a une autre affaire aussi pareil. Deux braquages, ils ont pris des gens au hasard. Au pif. Encore une autre fois. Pour une histoire de paint-ball, ils sont venus au centre-ville et ont pris quatorze personnes, quatorze jeunes assis. Ils ont tous pris. A ce qu'ils disent ils ont pris les coupables, mais c'est faux. Tout est faux, tout ce qu'ils disent. (...)" allant jusqu'à accuser les fonctionnaires de menaces de mettre de la drogue dans leurs poches. Et de poursuivre " (...) Ils font du contrôle abusif, tout le temps quant on passe, les mêmes personnes ils les contrôlent tout le temps jusqu'à connaitre leur nom et de les appeler par leur nom. (...) "

On passera sur le dérapage teinté de racisme concernant " (...) les roumains qui ont fabriqué en deux jours le terrain synthétique (...) " dont Madame Rivoire (Ancien Maire MoDem) " (...) aura attendu la fin de son mandat pour le faire. Il tient même plus debout maintenant déjà (...) " omettant toutefois de rappeler que ce sont les jeunes eux-mêmes qui ont dégradé cette installation récente.

Il aura fallu beaucoup de sang-froid à  Anne Déo, Maire-Ajointe (Les Verts), pour gêrer la situation et recadrer les débats. Tout en précisant qu'elle était elle-même intervenue dans le cadre d'une enquête de braquage pour disculper un élève "raflé" qui, à l'heure des faits, était ... à l'école. Et de poursuivre : " (...) C'est vrai, probablement que certains d'entre-vous subissent des contrôles abusifs, mais c'est vrai aussi que dans ce quartier il y a des problèmes tous les jours, de relations entre jeunes et moins jeunes, (...) mais il y a des problèmes, c'est une réalité. (...) Si vous voulez être respectés, il faut aussi respecter. Je ne couvre pas les controles abusifs, je trouve cela honteux,  (...) mais je ne couvre pas non plus les jeunes ou les moins jeunes lorsqu'ils sont irrespectueux."

Les jeunes réclament un local

Pêle-mêle dans ces revendications , les ados réclament une salle. Problème, coté municipalité se pose la vraie question de savoir s'il faut une salle centrale pour tous les quartiers ou bien une salle par quartier. Sujet de fond que Ryad, Directeur Adjoint du service jeunesse avait lui-même soulevé lors d'une réunion de travail du Conseil de quartier. Autre problème, coté jeunes cette fois : Une salle, mais pour en faire quoi ? Anne Déo, qui au départ n'était venue que pour faire le bilan de la permanence de soins et qui bien malgré elle s'est retrouvée à représenter seule la municipalité, n'a pu qu'inviter les ados à se rapprocher de Mohammed Mechmache, élu en charge de la délégation jeunesse et sport, pour établir un projet. Une membre du conseil soulignant par ailleurs, à juste titre, qu'un tel projet, c'est aussi l'argent du contribuable, et qu'à ce titre, il se doit d'être préparé. Aux jeunes aussi de s'investir dans cette démarche à laquelle le Conseil de quartier entend s'associer.

La permanence des soins

Passée cette première heure quelque peu tumultueuse, Anne Déo expose le bilan de la permanence des soins. Nous n'y reviendrons pas ici, ce sujet ayant déjà fait l'objet d'un récent article sur nos pages.

La Municipalité et la Sémino mises en cause

Dans une ambiance qui trahit une certaine exaspération des participants, sont abordés des problèmes de voirie, d'environnement et cadre de vie, de sécurité, de criminalité : Place des Découvertes perpétuellement ouverte malgré l'installation de nouveaux systèmes anti-intrusion, entretien déplorable des espaces verts du secteur, problèmes de chauffage dans certains immeubles, deals, trafics, ....

Madame Cocquard, l'une des secrétaires du Conseil résume parfaitement la situation : " (...) c'est pour cela qu'on a fait cette assemblée. Vis-à-vis de vous, nous on est gênés (...) on a l'impression de travailler dans le vide. Parce qu'on a jamais de réponse. (...) Vous vous dites il y a un Conseil de quartier, ils ne font rien. C'est pas qu'on ne fait rien, non, on travaille, mais nous n'avons pas de réponse de la part des élus. C'est çà le problème. Et on n'arrête pas de les relancer, mais on n'a jamais de réponse ! Jamais, jamais, jamais... Et on se pose la question : A quoi sert le Conseil de quartier ? "

Car au demeurant, en écoutant ces échanges, on s'apperçoit d'une chose : Les questions posées ce soir sont éxactement les mêmes que celles que se posaient lesdits Conseillers lors de leur première réunion l'année dernière. Loin de moi l'idée de remettre en cause la bonne volonté de ces bénévoles, mais il apparait clairement que ces Conseillers ne représentent qu'eux-mêmes. A la différence, par éxemple, d'un président d'association de locataires qui représente légitimement 90 ou 100 logements, les conseillers de quartiers n'ont pas cette légitimité.

D'ailleurs, il suffit de voir comment ont été pourvues les cinq places laissées vacantes dans l'année en fin de séance. Là, même plus de tirage au sort. Tout simplement : qui veut les remplacer ?

Un an de perdu ?

Peut-être pas. Mais il faut bien tout de même constater que ce Conseil de quartier se heurte à des problèmes majeurs de communications (ils le disent eux-même) et qu'au demeurant, peu de dossiers ont avancé : Jeunesse, sécurité, environnement et cadre de vie, c'est le stand-by. On l'a entendu ce soir.

Donc, non ! Non je ne suis pas convaincu par cette forme d'expression populaire qui laisse craindre qu'elle ne serve que d'amortisseur entre nos élus et les citoyens, laissant croire qu'on donne la parole aux Noiséens alors-même que leurs légitimes revendications ne font l'objet d'aucune suite concrête.

On ne peut que regrétter qu'Anne Déo eut été seule à répondre à nos interrogations. En cela, on ne peut que saluer son courage de s'être présentée devant une assemblée dont on savait les attentes fortes et les revendications prévisibles.

Jean-Emmanuel NICOLAU-BERGERET
© 10 Décembre 2009 - JENB PRODUCTIONS

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