Commémoration officielle

 

Une cérémonie inter-générationnelle

 

Elle n'était indiquée nulle part, du moins à notre connaissance, et pourtant cette cérémonie méritait qu'on s'y attarde, qu'on y assiste ne serait-ce que pour s'octroyer un temps de réflexion, de méditation, voire de recueillement. En particulier à cette période où les nationalismes européens refont surface et que la politique internationale contemporaine ne montre que des scènes de conflits, de terrorisme, d'attentats. Autant de symboles d'intolérance.

Mardi 03 avril 2011, la ville de Noisy-le-Sec dévoilait une fresque murale, oeuvre de Florent Lenay et Maxime Milo (Photo 1 ci-dessus) et deux plaques commémoratives dans l'enceinte de l'établissement scolaire Pierre Brossolette à la mémoire des jeunes Noiséennes et jeunes Noiséens qui, durant la guerre 1939/1945, fûrent arrêtés entre 1942 et 1944, puis déportés à Auschwitz-Birkenau  pour y être exterminés au simple motif qu'ils étaient Juifs.

Initiée par l'association Yad Layedled, la communauté israelïte de Noisy-le-Sec (Seine-Saint-Denis) sous l'impulsion de Mesdames Jeannette Wolgust (A droite sur la photo 2 ci-dessus en présence de Monsieur le Sous-Préfêt Lime) et Lévy, en partenariat avec l'Education Nationale et la mandature de gauche précédente, c'est à la nouvelle municipalité qu'a incombé d'inaugurer ces nouveaux témoignages de notre mémoire collective.

Dans la tradition initiée par la mandature précédente, cette cérémonie réunissait les associations d'anciens combattants (photo 5 ci-dessous), la chorale des retraités et surtout la jeunesse noiséenne (Photo 3 ci-dessus), en particulier les élèves de CM2 (*). Tous vêtus de blanc et de bleu, ces jeunes ados étaient ainsi activement associés à cette commémoration, à laquelle ils se sont pleinement investis (voir article sur le site officiel de la ville), dont ils ont le devoir désormais de transmettre cette page de notre Histoire commune. 

Pour ne pas oublier ces "étoiles parties en fumée"

C'est  en  premier  lieu  Monsieur Philippe Jacqueline, (Photo 4 ci-dessous) Directeur de l'école

Pierre Brossolette, qui rappelle le projet pédagogique « (...) Nous arrivons aujourd'hui au terme de la première étape de notre projet " Etoiles en fumée ".  Le devoir de mémoire, l'oubli du devoir de l'histoire, animé par une terrible foi en la Paix et par le respect de la soif d'apprendre des jeunes, quelles que soient leurs origines, étaient les éléments d'une feuille de route constituée avec vous toutes et tous ici et ceux qui sont absents. Héritage en partage pour tenter de tenir compte du passé. Que rien n'est arrivé par hasard, mais que l'odeur du racisme et de l'antisémitisme, portée par l'obscénité de tant de paroles proférées, des cris implorant à la haine ne peut pas trouver écho aux oreilles de l'éducatif (...). Héritage en partage et vigilance obligatoire» puis Monsieur Jacqueline remercie tous les partenaires de cette opération. Et ce directeur de conclure par cette phrase qui en dit long : « (...) Si au fronton d'Oradour-sur-Glane flotte le mot de " Remember ", que dans nos consciences et nos coeurs s'installe à tout jamais " Never again " »


 


Morts parce que Juifs

Puis c'est Madame Jeannette Wolgust qui prend la parole : « (...) merci d'être venus si nombreux pour rappeler la mémoire d'enfants juifs de Noisy-le-Sec, assassinés dans les camps de la mort pendant la dernière guerre de 1939 à 1945. l' A.M.E.D.J. de Noisy-le-Sec, qui est une association pour la mémoire des enfants Juifs de Noisy-le-Sec, a été créée en décembre 2008. Il nous a semblé, hélas avec du retard, qu'il était temps que la mémoire de ces enfants fût honorée à Noisy.(...). Plus de 60 ans ont passé depuis la Shoah. Il n'y a plus beaucoup de documents de cette époque, mais nous avons retrouvé la trace de deux petites adolescentes de Noisy (...) Elles s'appelaient Suzanne et Paulette Itic. Toutes les deux ont été arrêtées dans leur école en décembre 1943. Envoyées à Drancy, elles y ont retrouvé leur famille, puis sont parties pour Auschwitz par le convoi 64 le 7 décembre 1943. Et écoutez bien, Paulette aurait du fêter son anniversaire ce jour-là : Elle est née le 7 décembre 1927 à Noisy-le-Sec. Paulette et Suzanne sont assassinées à Auschwitz le 12 décembre 1943. J'avais l'âge de Paulette et Suzanne en 1943, mais des Justes m'ont tendu la main, m'ont protégée, cachée et sauvée. Hélas, aucun Juste ne s'est trouvé à proximité de Paulette et Suzanne pour leur tendre la main. Pourtant, toutes les deux vous avez du vous promener dans les rues de Noisy avec votre étoile jaune bien cousue sur votre veste.  (...) Mais par la pose de ces plaques dans cette belle école, votre mémoire y est inscrite à jamais (...) Nous ne les oublierons jamais, qu'ils reposent tous en paix ». Pour conclure son allocution, Jeannette Wolgust remercie les élèves du travail accompli à la mémoire de ces deux petites filles et des 11'400 enfants Juifs de France exterminés dans les camps de la morts. Intense émotion dans l'assistance (photos 6 et 7 ci-dessous).


 

Brillante allocution du Sous-Préfêt Lime

Seul orateur (Photo 8 ci-dessous) à s'être exprimé sans note, ce jeune représentant de l'État fût le seul à avoir salué les portes-drapeaux. Dans une brillante, car difficile position, le Sous-Prêfet souligne : « (...) Vous imaginerez qu'il est toujours un peu particulier pour un représentant du Corps Préfectoral de parler de ce temps, parce que, c'est un temps, où comme on l'a dit, il y a eu des raffles dans les écoles de l'État Français, (...) Ces raffles ont également été effectuées par des fonctionnaires de police, des gendarmes de l'État Français sous l'autorité de fonctionnaires Français.

Cette période est bien sûr une période toute particulière dans l'histoire de notre pays, une période de honte,(...) cela a été aussi une période de grand courage de la part de certains de nos concitoyens. Je crois qu'au moment où nous souvenons de ce drame, il faut aussi saluer la mémoire de ces Justes parmi les nations, de ces Français qui on eu le courage, sous la pression de l'occupant et de l' État collaborationniste, de cacher, d'accompagner, de faire passer la ligne de démarquation, la frontière espagnole à des résistants, des parachutistes, à des enfants Juifs ou à des familles Juives. Il est particulièrement important aujourd'hui de se souvenir de cette période parce que nous sommes à un moment charnière de notre histoire. Nous sommes au moment où, c'est difficile de le reconnaître, je crois que c'est un fait qui va devenir de plus en plus oppressant, nous sommes à un moment où les témoins directs de cette époque sont en train de disparaître (...) et il va falloir que nous nous interrogions collectivement, et je crois que l'école de la république a un rôle très particulier à jouer, sur la façon de continuer à faire vivre ce souvenir, de continuer à entretenir cette mémoire, sans ces grands témoins (...) ». Et le Sous-Préfêt de s'adresser aux enfants présents : « (...) Vous serez peut-être les derniers à avoir écouté ces temoins, mais vous aurez maintenant la charge, à votre tour, de porter cette parole, et d'essayer de retranscrire pour les générations futures, le caractère vivant, le caractère poignant de ces témoignages qui diront toujours mieux l'horreur que tous les livres d'histoire(...) »

La jeunesse prend le relais en poême

Quelle moment fort lorsque ces jeunes (Photo 9 ci-dessus), après avoir chanté avec la chorale des retraités, se sont lancé dans un poême collectif (photos 10, 11 et 12 ci-dessous) , chacun apportant sa rime à l'édifice du souvenir. Poême écrit par une élève de 3ème après un voyage à Auschwitz.


« 
J'ai quatre ans, mon seul but est de vivre, pourtant je dois mourir, jamais je n'aurai cinq ans
J'ai quatre ans, jamais je n'aurai cinq ans
J'ai quatre ans, je serai gazé, je n'aurai guère connu la liberté, pourtant je ne suis qu'un enfant


Quatre ans c'est grand, mais çà ne dure pas longtemps, je voudrais connaître le soleil pour qu'il m'émerveille
Pourquoi la guerre, pourquoi faire mourir ma terre, pouquoi avoir tant peur, pourquoi n'ai-je pas droit au bonheur ?
Je ne suis qu'un enfant, j'ai un jour aimé être grand, jamais je ne serai un goéland, seulement un enfant innocent
Demain, je serai gazé, demain je serai mort, mon amour sera tué, mon être ne sera qu'un ancien trésor


J'ai seulement quatre ans, je te dis Adieu, Adieu ma maman, est-ce qu'après je serais encore malheureux ?
Adieu mes amis, Adieu la vie, Adieu les fleurs, Adieu le bonheur
Je suis né, est-ce pour être tué, vont-ils avouer qu'ils ont eu tord lorsque je serai mort ?
Mon coeur a tant de choses à dire, pour quelles raisons doit-il mourir ? Il n'a pas fini de grandir, mais il a et gardera son sourire
J'ai quatre ans, jamais je n'aurai cinq ans. Mes yeux ont cependant mille ans car ils en ont tant vu pour un enfant
Cà y est, tout est terminé, ma vie vient de s'envoler dans le brouillard et la fumée, dans l'horreur et l'atrocité
»

A cette occasion, nous aurons également une pensée pour tous ceux qui, non Juifs, ont également péri dans les camps de la mort parce qu'ils étaient soit homosexuels, communistes, résistants, déficients mentaux, gens du voyage,... Qu'eux non plus ne soient pas oubliés.

Seule fausse note à cette cérémonie pourtant émouvante et solennelle : On ne peut que regretter que l'Adjoint en charge de la jeunesse se soit montré si discrêt. Pourtant, s'il y avait un moment important où sa présence aurait été souhaitable auprès de ces jeunes noiséens, ce fût bien cette célébration. Car il incombe à cet élu de transmettre aux jeunes dont il a la charge des valeurs de tolérance. Une discrétion qui pourrait bien passer pour une nouvelle maladresse de la part de cet élu qui devrait au plus vite comprendre que la délégation jeunesse ne se limite pas seulement à la " culture urbaine ", mais implique également et surtout des notions bien plus fondamentales que sont certaines valeurs universelles du " vivre ensemble ". Il serait temps que notre nouvel édile lui rappelle les obligations liées à ces nouvelles fonctions électives.

(*) Pour mémoire, nous vous rappelons que le droit à l'image n'est pas opposable dans le cadre d'une cérémonie officielle publique.

Jean-Emmanuel Nicolau-Bergeret
© 06 mai 2011 - JENB Productions

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