Agenda 21


La mobilité durable au quotidien



Par
Jean-Emmanuel Nicolau-Bergeret
Ce billet n'engage que l'opinion de son auteur

La problématique des transports est désormais un enjeu majeur de nos métropoles surchargées, consécutivement aux désastreuses politiques d'aménagement du territoire menées successivement par les gouvernements depuis quatre décennies. Les collectivités publiques, face aux onéreuse errances étatiques successives, ont beau rivaliser d'ingéniosité pour densifier l'offre de transports collectifs, à grands renforts d'impôts locaux, parfois avec succès comme le superbe tramway T3 de la Ville de Paris, parfois plus maladroitement comme le prouve l'absurdité du projet de prolongement du tramway T1 dans le département sinistré de Seine-Saint-Denis, force est de constater la faiblesse du maillage urbain, en particulier sur des trajets de banlieue à banlieue. Le partage de voitures électriques présente alors une alternative crédible.


Une offre alternative complémentaire

Autolib' - image d'illustration - le jdd

Bien que Noisy-le-Sec (Seine-Saint-Denis) ne soit pas la ville la plus à plaindre en ce domaine, il demeure des carences, souvent dans une offre insuffisante dans le cadencement. En cela, la ligne 545, créée sous la mandature précédente d'Alda Pereira était un progrès au regard de l’obsolescence de cette ancienne navette urbaine, mais sa fréquence reste encore aujourd'hui insuffisante pour desservir convenablement les quartiers excentrés de Noisy-le-Sec. Elle n'est d'ailleurs pas adaptée à certaines tranches horaires. Ainsi n'est-il pas rare de constater la surcharge ponctuelle sur des lignes desservant des lieux de commerces où poussettes et caddies ont parfois bien du mal a trouver une place. On n'ose imaginer une personne à mobilité réduite.

Quand des usagers ne sont pas tout simplement obligés d'attendre le bus suivant ! Faute de place dans des bus surchargés. 

On a souvent pu le constater sur la ligne de bus 545 (Noisy/Bagnolet) les jours de marché (Place des Découvertes et Jeanne d'Arc), ou sur la ligne 145 (Pantin/Villemomble) qui nécessiterait parfois des bus articulés pour desservir le centre commercial Rosny 2 le samedi. 

L'offre sur les réseaux ferrés est disparate. Si le cadencement du RER E, dont il faut souligner le peu d'incidents sur cette ligne gérée par la SNCF, est acceptable même à des heures tardives, il n'en est pas de même sur le tramway T1. L'hiver approchant, on préférera l'offre de notre opérateur historique de chemin de fer que les attentes glaciales du T1 pourtant sensé... être un transport de proximité. 


De même, si la démarche de développement durable a vocation à privilégier des transports collectifs de qualité, elle ne fait pas obstacle à des alternatives ingénieuses basées sur d'autres moyens de transports, dont les circulations douces. La voiture électrique est donc un consensus harmonieux entre les besoins individuels de déplacements et une consommation énergétique raisonnée, d'autant lorsque l'offre est basée sur une mutualisation et un partage des moyens. L'idée fût lancée par le socialiste Bertrand Delanoë, maire (sortant) de Paris, et je ne boude pas le plaisir de souligner cette initiative. Un socialiste qui a de bonne idées, ces derniers temps, c'est si rare... 

Consciente des nécessités à diversifier l'offre de transports auprès de sa population, dans une démarche qualifiante s'inscrivant de façon cohérente dans son Agenda 21, la Ville de Noisy-le-Sec a donc fait le choix d'adhérer au principe d'Autolib' au printemps dernier. Pour mémoire, ce concept est dirigé par un syndicat de communes, organe délibérant qui, après un appel d'offres, concède le fonctionnement à un délégataire de service public.  Principe comparable à ce que les contribuables connaissent, par exemple, dans le domaine du ramassage et du traitement des ordures ménagères. Ou le traitement des eaux. Autolib'métropole est le conseil politique décisionnaire (Syndicat mixte de communes). Autolib'.eu est le délégataire de service public (Groupe Bolloré). Des noms qui créent des confusions inévitables, mais gênantes, entre l'organe délibérant et le prestataire.

Quoi qu'il en soit, la Ville de Noisy-le-Sec y est représentée [à Autolib'métropole] par Bernard Girault et son suppléant Karim Hamrani (voir site officiel de la ville).

Un investissement dans la durée

Autolib' - image d'illustration -leséchos

Pour une ville, cela représente un investissement non négligeable puisque l'implantation d'une station coûte 60 000 euros. Considérant qu'en moyenne une station est composée de six véhicules, cela représente donc un investissement à 10 000 euros par véhicule mis à disposition. A cela, le concessionnaire reverse 750 euros/an/véhicule à la commune (Redevance d'occupation de voirie). Bernard Girault, Conseiller municipal délégué à l'Agenda 21, contacté hier matin par téléphone considère qu'il s'agit d'un investissement amortissable sur douze ans. Une période d'amortissement qui nous a été confirmée par ailleurs et considérée comme une opération blanche sur le plan économique au terme échu de l'amortissement. Ce que notre correspondant presse d'Autoloib'métropole qualifie « de biens en retour ».

Questionné sur les prospectives de cet investissement, l'élu en charge du développement durable justifie cette démarche municipale par « (...) le maillage d'Autolib', sans cesse croissant dans les villes voisines voire limitrophes [NDLR : Rosny-sous-Bois, les Lilas,...] toutes sensibilités politiques confondues, (...) », évoquant implicitement une demande noiséenne « (... ) puisque plus de 25 noiséens sont déjà abonnés alors que la ville ne compte à ce jour encore aucune station (...) ». Il argumente surtout sur cette offre nouvelle qui évite à certains foyers à s'équiper d'une seconde, voire troisième voiture.  J' y reviendrai plus loin, mais l'offre présente également un impact social qui mérite aussi l'attention

Selon Autolib.eu, le délégataire de service public dès la phase de construction (alors qu'Autolib'métropole représente la phase antérieure décisionnelle), le succès est au rendez-vous. Avec un parc de près 2000 véhicules électriques (1750 véhicules en mars 2013) répartis sur 760 stations (dont 200 hors Paris), les abonnements sont en augmentation régulière puisque qu'Autolib' comptait 67 700 abonnés en mars 2013 dont 27 200 abonnements Prémium. Beau score pour cette initiative née seulement en 2011.

On apprend ainsi par le service de presse que c'est la tranche des actifs de 25 à 45 ans qui prédomine (50%) dans la clientèle. Les hommes y sont largement sur représentés (70%) avec toutefois une augmentation progressive et significative de la clientèle féminine ces derniers mois (les femmes représentent 31% des utilisations à ce jour). Il est vrai que dans notre société machiste, la voiture reste un symbole masculin et je laisse là les psychologues y apporter leurs observations. La « théorie du genre » appliquée aux transports alternatifs pourraient donner lieu à de succulents posts de blogueurs passionnés. Malgré cette prédominance masculine et jeune, les séniors sont de plus en plus attirés par cette offre de déplacements urbains. Sans doute y voient-ils là l'occasion de délaisser leur véhicule personnel fort onéreux, au profit d'une alternative plus ponctuelle et donc moins coûteuse, tout en préservant une forme de mobilité plus modulable à leurs besoins de transports de proximité. Pour cette tranche d'âge très impactée dans son pouvoir d'achat par des hausses récentes d'impôts nationaux, voilà peut être là une occasion de diminuer son budget transport. 

70% des clients Autolib' ne possèdent pas de véhicule. C'est dire son utilité. Et l'Ile-de-France compte déjà quelques 5 500 bornes de rechargement (prévisions 2013).

En effet, Autolib' répond à un besoin bien spécifique puisque la distance moyenne parcourue était, en août 2013, de 9,3 km pour un temps moyen de 35,7 mn de location. Inutile d'envisager Autolib' autrement que comme moyen de transport alternatif. 

9 stations prévues dans les prochaines années à Noisy-le-Sec

Autolib' - image d'illustration -letelegramme

Au service communication d'Autolib' métropole, dont il faut souligner le temps que l'on a bien voulu aimablement nous consacrer, on précise d'entrée que le budget annuel d'un véhicule particulier oscille entre 5 000 & 6 000 euros en comptant crédit, entretien, essence, assurance, parking et frais annexes pour un véhicule bien souvent en stationnement. Le coût d'une formule Autolib' bien choisie permet de diviser par 10 ce budget, l'impact "marketing" étant bien sûr le taux d'utilisation du véhicule, ici rentabilisé à son maximum puisque partagé entre usagers. Chaque véhicule est en moyenne loué 8 à 10 fois par jour, avec des pics en week-end et soirées.

Raison pour laquelle 54 communes adhèrent aujourd'hui à Autolib'. Dont Noisy-le-Sec.

Un chiffre sans cesse croissant. Et pour cause, cette forme d'intercommunalité, qui ne porte pas son nom, doit son succès à ses implantations de proximité qui lui confèrent là toute sa pertinence économique. Mais aussi sociale. Donc, plus de communes s'impliquent et plus l'offre devient attractive sur les plans tarifaires et géographiques.
 Noisy-le-Sec ne pouvait donc pas manquer le rendez-vous avec ce projet sommes toutes assez récent. Autolib' n'ayant été créé qu' en fin 2011, on  pouvait difficilement faire candidature d'adhésion plus prompte.

Il s'écoule de 3 à 10 semaines entre la décision validée d'implantation d'une station et les travaux d'aménagements, délais nécessaires aux raccordements techniques et électriques sur des surfaces partagées avec d'autres concessionnaires et fournisseurs.

Les quatre premières stations Autolib' devraient être implantées :

- Rue Paul-Vaillant-Couturier (carrefour Jeanne d'Arc) ;
- Gare SNCF, sortie basse,
- Quartier Petit-Noisy (Rue Bertrand-Bonin) ;
- Quartier Merlan, rond-point du 11 Novembre.

Il s'agit là d'une information géographique liminaire susceptible d’évoluer selon les contraintes techniques rencontrées. Mais les secteurs géographiques prioritaires sont toutefois ciblés pour cette première tranche d'implantation : Fort logiquement le coeur de ville (mairie et gare), et deux quartiers excentrés. Un investissement de 240 000 euros qui peut induire de nouveaux comportements en terme de transports. Et rendre service à de nouveaux utilisateurs.

Nous souhaitions mieux connaitre la méthode d'analyse utilisée par l'organisme qui eut en charge l'étude d'implantation des premières tranches de stations franciliennes, pour ne pas dire parisiennes. Ne serait-ce que pour mieux connaitre le profil des usagers cibles. Sans forcément évoquer Noisy-le-Sec en particulier, sans doute leur expertise et leur retour d'expérience auraient-ils permis de peaufiner l'étude analytique prospective du public d'usagers visé. Malheureusement, contacté par téléphone, le Cabinet APUR n'a pas souhaité s'exprimer.  

Quoi qu'il en soit, 9 stations seraient prévues à Noisy-le-Sec, soit une par quartier. A en croire notre correspondant d'Autolib'métropole.

Une nouvelle offre sociale de transports

Autolib' - image d'illustration - le figaro

Si, au premier abord, les formules tarifaires d'Autolib' peuvent susciter des interrogations, le principe repose sur des fondements sociaux de solidarité moins évidents qu'ils ne laissent présager en première lecture. Car, sauf a en avoir mal compris le principe expliqué par mon interlocuteur et avoir mal interprété les CGU particuliers, la jeunesse noiséenne pourra être séduite. En cette période où le coût d'obtention exorbitant du seul permis de conduire est mis en exergue par les médias, les jeunes conducteurs seront heureux d'apprendre que la location d'une voiture partagée leur reste accessible sans majoration de pénalité due à leur faible antériorité d'expérience de conduite. Pour de nombreux jeunes qui n'ont pas les moyens d'acquérir leur voiture, voilà une alternative qui leur permettra une forme d'autonomie vis-à-vis des transports en commun. 

En évoquant le coût de la location, Autolib'métropole tient à souligner d'ailleurs sa méthode de facturation : Si les vingt premières minutes sont indivisibles, l'usage est facturé à la minute. Exit donc la facturation du stationnement puisque vous payez de votre débranchement électrique de départ jusqu'à votre raccordement d'arrivée. Idéal pour une soirée entre amis. Surtout quand il n'y a pas d'embouteillage du à la réduction des surfaces de voiries occasionnée par l'implantation de tramways... Comme quoi, en matière de transports, il est difficile d'obtenir un consensus.

L'arrivée d'Autolib' devrait, à n'en pas manquer, susciter des réactions parmi les candidats locaux au prochain scrutin municipal.

Je ne sais pas encore quelles seront leurs positions sur cette offre nouvelle de transport. A l'image de Montreuil-sous-Bois, qui compte déjà 80 abonnés Autolib' et qui n'a, à ce jour du moins, aucune station de voiture partagée Autolib', nos élus Verts et communistes auront-ils des arguments à présenter. Arguments que nous relaieront bien volontiers.

En revanche, notre conseiller socialiste et sa collègue conseillère régionale de même obédience, tous deux prétendants au titre suprême de "
tête de liste" (élection ce 10 octobre en section) auront sans doute plus de difficulté à  contredire ce projet au seul prétexte qu'il est porté par l'actuelle mandature de Laurent Rivoire. Il leur serait en effet difficile de prétendre à un quelconque dénigrement de cette nouvelle offre de transports à Noisy-le-Sec alors même que l'initiative, accueillie avec succès à Paris, revient à un membre éminent du parti socialiste, fût-il maire sortant de la Capitale ne se représentant pas au suffrage des électeurs.   

Pour le moins, cela prouve la pertinence du projet et que, ni développement durable, ni  mobilité, ne sont le pré carré de chapelles politiques cloisonnées. La volonté du parti socialiste à vouloir perpétuellement compartimenter l'électorat, en particulier au lendemain de déceptions scrutatives cinglantes, trouve là toutes ses limites politiques.

Les lectorats (ou l'électorat) démontre(nt) la fluidité et parfois même la convergence d'idées au delà des frontières qui nous sont imposées parfois en conseil municipal public par des postures rigides contraintes de façon théâtrale par  des élus en quête de polémiques médiatiques plus que de débats constructifs.

Pour ma part, si cette implantation est l'occasion de l'évoquer au travers de ce billet, je ne reste pas moins attentif à l'accueil qui lui sera réservée. Car malgré un enthousiasme apparent, je n'en reste pas moins dubitatif quant à son succès local. Nul doute que je serais amené à refaire un bilan d'étape d'ici quelques mois pour constater, ou non, le succès escompté sur cette nouvelle implantation. Un prochain sujet pour la rubrique " conso " sans doute.

Pour conclure, notre lectorat apprendra que ni le Conseil régional ni l'Ademe (tous deux contactés par téléphone également) ne subventionnent les implantations d'Autolib' à ce jour.

Si le Conseil régional, présidé par le socialiste Jean-Paul Huchon, a bien subventionné le projet de Monsieur Delanoë à hauteur de 4 M d'euros pour les 80 premières stations, on nous  explique aujourd'hui une pause qui sera réétudiée dans le prochain budget régional dans un cadre plus large de soutien aux plans de déplacements. Quant à l'Ademe, pourtant prompte à formuler des avis d'experts sur des implantation parfois discutables d'usines de traitement de déchets, elle a tout simplement refusé de s'exprimer. Dont acte.

Auteur : Jean-Emmanuel Nicolau-Bergeret  
© 09 octobre 2013 - JENB Productions - Noisy-le-Sec  

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